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20. Sexe

La discussion sans tabou d'un patient et d'un soignant

DocMadrigane_Dialogue1020. Sexe
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PatrickPapazian-docteurilfautquonparle

Dr Madrigal

Madame Kronik, avons-nous atteint un degré d’intimité suffisant pour parler sexe ? Rassurez-vous, aucun comportement déplacé de ma part, simplement l’envie de partager avec vous un sujet qui me tient à cœur. Les personnes vivant avec une maladie chronique souffrent souvent dans leur vie affective et sexuelle, et ont peu d’occasions d’en parler. J’aimerais briser la glace et permettre à toutes et tous de comprendre que le sujet est fréquent, qu’il ne doit plus être tabou et qu’il peut (doit ?) être évoqué en consultation médicale. 

Pourquoi cet aspect de la vie est-il potentiellement entravé par la maladie ? Déjà, parce que le corps et/ou l’esprit peuvent ne pas être en état d’aimer, de se sentir aimable ou d’avoir des rapports sexuels. Fatigue, handicap, douleurs, déficits sensoriels, moral en berne, estime de soi piétinée par la maladie, confiance en soi réduite à bien peu de chose, sont les causes de difficultés dans l’intimité les plus souvent citées par les patients. 

Si, heureusement, une partie d’elles et d’eux est heureuse en amour ou au lit, d’autres s’interdisent les rencontres, ou se plaignent de dysfonctions sexuelles, d’absence de désir, de problèmes d’érection ou de lubrification vaginale, douleurs au moment des rapports et j’en passe. 

Il faut dire que les pathologies n’épargnent pas les organes sexuels, notamment les plus fréquentes : hypertension artérielle, diabète, maladies cardiovasculaires, cancers, maladies inflammatoires chroniques, maladies psychiatriques… 

Pour faire simple, on peut avancer sans se tromper que toute pathologie chronique peut avoir des conséquences sur la vie relationnelle et sexuelle, déjà parce que vivre avec une maladie est une source de mauvaise estime de soi, qui n’est pas très compatible avec un épanouissement amoureux ou sensuel. 

Ensuite, les traitements peuvent avoir des conséquences négatives dans ces domaines : il y a les classiques (certains traitements antihypertenseurs et l’érection, les chimiothérapies et la lubrification vaginale, pour ne citer que deux exemples) et les plus rares, que les soignants apprennent en prenant le temps d’interroger les patients… et de les écouter. 

Enfin, parce qu’un malade confronté à ces difficultés se sent souvent seul : à qui en parler, comment, ne vais-je pas passer pour un pervers, une personne superficielle qui préfère la bagatelle à sa santé, ou encore le soignant ne va-t-il pas croire que je le drague si j’aborde ces sujets… Bref, c’est souvent la double peine : non seulement vous êtes malade, mais le domaine qui devrait vous permettre de prendre du plaisir, de contribuer à une bonne image de vous et vous apporter tendresse et amour est attaqué !

L’appel que j’aimerais lancer est plutôt destiné aux soignants : il faut, vous devez (oui, oui, injonction, je n’hésite pas) aborder ce sujet avec vos patientes et vos patients. Avec toutes et tous. Au moins une fois. Simplement leur ouvrir la porte de cette santé sexuelle, leur envoyer le signal qu’ils peuvent en parler, qu’il est légitime de chercher des solutions quand ces ennuis surviennent. Toutes les études montrent que les patients attendent, dans leur grande majorité, que le sujet soit abordé par le soignant. A fortiori si c’est un médecin, qui reste un peu « impressionnant » (pourtant y’a pas de quoi…) par son statut, son savoir supposé et sa belle blouse pas toujours très blanche. 

Donc, collègues, confrères, lancez-vous, parlez-en et faites parler vos patients. Madame Kronik, comment réagiriez-vous si un médecin vous disait « Et dans le domaine affectif et sexuel, comment allez-vous ? Souhaitez-vous en parler avec moi aujourd’hui ou à un autre moment ? ». Saisiriez-vous la perche tendue ?

docteurilfautquonparle par Caroline Bee et Patrick Papazian

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